Shame

de Steve McQueen, 2011, ****

Sur le papier, l’af­faire est simple : il est riche, beau gosse, séduc­teur ; elle est chan­teuse, mignonne et plus douce. Et ils sont frère et sœur.

Mais en véri­té, ils ont cha­cun leurs hontes, cha­cun leurs impu­deurs — « shame » désigne, selon le contexte, la honte ou la pudeur, et les deux sens sont ici inex­tri­cables. Sous ses dehors char­meurs, il est inca­pable d’ai­mer et même de cou­cher avec une femme qui ris­que­rait de vou­loir res­ter ; pros­ti­tuées et sites por­no sont son ordi­naire. Sous ses airs fra­giles, elle est séduc­trice, exhi­bi­tion­niste et vague­ment nym­pho­mane. Il nie tout pro­blème en se dra­pant dans sa force virile, elle se glo­ri­fie des siens en don­nant dans la dépres­sion suicidaire.

Difficile de décrire plus avant ce film un peu bor­dé­lique, d’où l’on cher­che­ra en vain un véri­table mes­sage, à part peut-être que dans la vraie vie, tout le monde est névro­sé — même et sur­tout ceux qui ont l’air nor­maux dans le monde vir­tuel de la journée.

C’est extrê­me­ment bien fil­mé, admi­ra­ble­ment joué (avec, en prime, un rôle de Carey Mulligan radi­ca­le­ment dif­fé­rent de ceux qui l’ont fait connaître), le mon­tage est lent mais pre­nant, et seule la vacui­té de l’en­semble pour­ra lais­ser dubi­ta­tif — même si fran­che­ment, elle n’est jamais que l’i­mage de la vie des personnages.

Ah, si, y’a quand même une espèce de hap­py end un poil exa­gé­ré pour le per­son­nage fémi­nin. Dommage.